LA TRAHISON DE MERCURE - POLAR FANTASTIQUE - EXTRAIT - PROCHAINEMENT EN LIVRE ET E-BOOK
- jemesouviensdetout

- 19 août 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 janv. 2020

- Dis, tu n'as pas un truc à boire ? On étouffe là ! J’ai faim ! Je peux vite prendre une douche ? Ça allait recommencer. Tu parles d’une douche ! Elle allait vider le Château d’eau de la Capitale, oui ! Quant à la faim… Juste un rosaire à égrainer délicatement dans le chapelet de son gosier. Puis le clapet se refermerait et on passerait à d’autres caprices ou besoins physiologiques. Tandis que la gouache jaune d’œuf se débattait dans le bol, et que l’huile chauffait sur le bleuet du gaz, il entendit la trompe s’engouffrer dans le bain. Une douce clarté nimbait la cuisine. Une chandelle externe éclairait à fonds perdus, le falot d’eau du verre d’Isabelle. L’omelette crissait en poêle, enveloppant petit à petit les échalotes devenues translucides dans l’huile d’olive. L’ardoise cristalline de la fenêtre s’embuait sur la nuit, en contreplaqué. Dehors, il faisait froid. Dedans, il faisait tiède. Elle arriva toute moite de la douche, avec son beau chandail bordeaux écoulant ses manches onctueuses sur les oblongs fuseaux de ses membres, couronnant les poignets d’une corolle fluide et veloutée, permettant au regard d’appréhender la blanche et frêle fluidité de l’attache. Le dîner était prêt, l’omelette servie en demi-lune, au centre d’une assiette. Elle semblait bien. Il semblait mieux. Les veines redonnaient vie au satin de la peau, gonflant leurs mauves turgescences serpentant sur la main, puis louvoyant en assaut sous l’invisibilité profonde du velours et de la chair. Il se lova contre elle, en arrière. Par le col ouvert, en haut de la forteresse du cou, son odeur de femme mêlée aux cosmétiques, ses féminines ondulations, l’enchevêtrement de l’organisme diffusant son être comme une huile essentielle. Elle se retourna, offrit ses lèvres, son haleine de lait et pommes vertes. Les gouttes humides de ses cheveux pleuvaient éparses, il sentit le circonflexe pubien, se placarder contre la ligne marginale. Il la voulait, depuis des années. Il n’aimait qu’elle, d’un membre sourd, d’un appel au sexe demeurant sans voix, avec une chose damnée bouillant de peur, enserrant la nuque d’un étau impitoyable, puis fondant en sueur le long de l’échine. Mais il fallait lui faire comprendre qu’il n’aimait qu’elle, et puis, de toutes façons, ce n’était plus ni de son âge, ni de ses envies, d’aller s’embourber ailleurs, puis ailleurs encore, sachant que chaque nouvelle empreinte disparaîtrait à son tours dans les sables mouvants. Un sol mot : Isabelle je t’aime. Des seuls maux : Isabelle je t’aime. Deux conditions : amants légers, fraternité profonde. Cette peau, cette chair, cette corde lactée, toute vibrante sous la harpe de son existence ! Un seul archet, une seule plainte, pourrait libérer l’orchestre, et faire sonner la blanche symphonie ! Le ressenti tactile de son existence, de ses expériences, remontant l’odorat des réminiscences, revêtant la chair d’une sensuelle rosée, d’un alcool infini généré sous le toucher, perdurant en arôme et s’achevant par rétro olfaction, dans le souffle même engendré entre les seins. Oui ! Lisser ses longs bras étendus sur les draps, ou draper sa peau de caresses, puis voir le corps diaphane, translucide, avoir envie de le prendre et de galoper comme un cheval hargneux, mais… Âme-Sœur ! Est-il seulement possible de te prendre et de nous éprendre, en même temps ? Pourquoi faut-il donc que cela se compliqua autant, pourquoi surtout, faut-il que les simples s’agenouillent sans penser, vite fait bien fait, afin d’éventrer le monde sans questionnements, pour quelques mois plus tard, continuer de vomir l’humanité et assurer la descendance des races. Mais Isa, le sais-tu donc, ma chérie d’amour, je suis pour la transcendance, pas pour les descendances. Je n’ai jamais été normal, je n’ai jamais fait partie des faciles à vivre et du vivre facilement. Je suis fait pour traquer, en profondeur, un fin limier filant la moindre affaire, le moindre conflit de conscience, peu, très peu enclin à apprécier les goûts et les distractions de mes semblables, encore moins attaché aux objets qui séduisent et réduisent l’ensemble des masses en esclavage. C’est comme si la vie n’était que penser et absorptions de savoirs, pris ailleurs dans la solitude des chants de Caton… Dans la tête, t’es trop dans la tête le Nadal… Elle se collait contre lui, ruisselante de sensualité mêlée aux vapeurs du bain, à son propre exsudat. Poussières et radiateurs. Ce n’était de loin pas Noël pour lui, qui en avait toujours été très éloigné ! Le téléphone portable de Madame la Commissaire Isabelle Gardel, se mit à cracher une très mauvaise mélodie. Le viol d’intimité a plusieurs visages, celui-ci étant le plus laid de tous.
© Luciano Cavallini, " La trahison de Mercure " 2011-2019, tous droits de reproduction réservés.



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